La plus précieuse des marchandises
Lycéens et apprentis au cinéma 2025-2026
France / 2021 / 81' /couleur / animation 2D
Il était une fois : du texte au film
La plus précieuse des marchandises est un conte écrit par Jean-Claude Grumberg, il est paru en 2019. L’auteur est un ami des parents du cinéaste depuis l’adolescence, c’est lui qui suggère au producteur
Patrick Sobelman le nom de Michel Hazanavicius pour porter le conte à l’écran. Le cinéaste a pourtant
plusieurs fois affirmé qu’il ne souhaitait pas réaliser un film autour de la Shoah. Cependant, la puissance
du texte de Grumberg, le choix du film d’animation, sa pratique du dessin et son histoire familiale finissent
par avoir raison de ses réticences. Le film reste fidèle au conte (personnages, lieux, présence d’un narrateur), à son humanité et à sa modestie, tout en modifiant quelque peu sa ligne narrative. L’histoire de l’œuvre source est définie par le cinéaste comme un mouvement des ténèbres vers la lumière, celui-ci y ajoute un mouvement du conte vers la réalité historique.
Dans le registre de la fiction, le choix du dessin - tout comme celui de la forme littéraire du conte -
est celui du symbole, de la métaphore et de la suggestion qui, pour le cinéaste, peuvent atteindre
une vérité, tout en gardant une distance que la prise de vue réelle
Personnages
Fidèles au conte, les personnages sont désignés par une fonction, une particularité physique
ou un surnom. C’est un ainsi que le couple se nomme pauvre bûcheronne (Dominique Blanc, image 1)
et pauvre bûcheron (Grégory Gadebois , image 2), que le voisiqui possède une chèvre est appelé gueule cassée (Denis Podalydès , image 3) et que l’enfant sans nom, mais pas sans coeur, reste tout au long
du film la petite marchandise. Pour Michel Hazanavicius, « le vrai sujet de La plus précieuse
des marchandises, c’est l’amour, et ses protagonistes principaux sont les Justes. Ce film raconte comment une chaîne de solidarités s’est formée pour sauver une gamine ». La lutte pour
la survie de l’enfant est en effet le moteur du parcours des personnages adultes du film. Du geste fou du père (image 4) qui s’est sans doute accroché à l’idée d’avoir sauvé sa fille pour survivre à l’enfer
du camp de concentration et d’extermination, à ceux qui ont donné leur vie pour elle (pauvre bûcheron d’abord figure d’ogre injuste et antisémite, gueule cassée survivant mutilé de la Première Guerre mondiale) et bien sûr à travers tous les gestes d’amour obstinés de pauvre bûcheronne, tous oeuvrent contre l’idéologie déshumanisante nazie et sa mise en oeuvre exterminatrice. Les personnages
qui appartiennent au monde du conte sont ces hommes et femmes non-juifs qui ont sauvé les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, et dont les gestes de solidarité ont permis de sauver des milliers de personnes des rafles et de la déportation. Le père, personnage du côté de la réalité historique, incarne l’histoire des Juifs déportés, le travail du dessin dit tout de l’horreur des camps,
sans une parole prononcée, jusqu’à la séquence finaledans la gare de Varsovie.







