Blow out
États-Unis / 1981 / 107' /couleur / format 2.35
Lycéens et apprentis au cinéma 2025-2026
Un thriller romantique hanté par ses doubles
Blow Out entremêle une enquête criminelle et une histoire d’amour, dans une ambiance
à la fois très sombre et très colorée. Son argument – le héros croit détenir la preuve
d’un meurtre –le relie au genre du thriller, mais le véritable coeur du récit tient dans
la romance que vivent Jack, l’homme qui veut entendre la vérité, et Sally, la femme dont on veut cacher l’existence. La pureté de leurs sentiments semble un temps pouvoir assurer le triomphe
de l’amour et de la vertu. Mais plusieurs indices éloignent Blow Out de la perspective du happy end. Les personnages principaux peuvent ainsi croiser des doubles ou révéler une duplicité. Jack rencontre à trois reprises un autre lui-même : le réalisateur de films d’horreur, son double professionnel, plus cynique que lui ; Manny Karp, le maître chanteur qui a pris des photos de l’accident et en détient la preuve visuelle alors que le héros en a la preuve sonore ; Burke, le tueur, qui représente son double maléfique.
Quant à Sally, elle est un personnage duplice, à la fois victime de la machination et complice consentante de Karp. C’est aussi la difficile émancipation de cette femme prise entre deux feux qui participe de son destin tragique et rend si poignante l’histoire d’amour qu’elle aura à peine vécue.
Le cinéma et l'énigme du réel
Réflexion sur le cinéma, Blow Out possède une dimension pédagogique : on y voit comment se fait une prise de son et comment fonctionne une salle demontage. Le film ne se contente pourtant pas de décrire les techniques nécessairesà sa fabrication, il permet parallèlement une réflexion très poussée sur
la perception du réel et son enregistrement. S’il montre que le son véhicule plus de sens que l’image,
il souligne aussi combien le rapprochement desdeux peut créer des effets volontairement déroutants.
Un son artificiel peutparfois sembler plus naturel qu’un son enregistré, comme celui du cri disgracieux
du film d’horreur du début. À l’inverse, les sons que Jack enregistre dans le parc paraissent particulièrement étranges.
Dans Blow Out, le cinéma est un outil visant à cerner les énigmes d’une réalité opaque. La manipulation qu’est le montage peut donc paradoxalement être au service de l’authenticité. À cet égard, la façon dont Jack fabrique un « film preuve » en synchronisant son enregistrement sonore avec les photographies
de Karp est un vrai manifeste en faveur du cinéma. Si Blow Out révèle autant de subterfuges,
c’est paradoxalement pour mieux faire ressortir une certaine pureté de l’acte de filmer, d’enregistrer et même de monter. En ce sens, le film réaffirme ce que disait déjà Jean Cocteau à propos de l’art :
le cinéma est un « mensonge qui dit la vérité ».
Architectures
La ville de Philadelphie – où a grandi le cinéaste – est un personnage à part entière du film. Ses grands espaces, parmi lesquels parcs, gares
et centres commerciaux, deviennent le théâtre de séquences mémorables. Durant le dénouement, la ville dans son ensemble se met elle-même
en scène avec la grande parade. Le sens plastique de Brian De Palma passe par la façon dont il filme les vastes espaces urbains en soulignant perspectives et lignes de fuite. Dans la séquence du parc, l’usage particulier de la plongée permet de créer des vues presque abstraites. À l’opposé, la plongée peut permettre, à la faveur d’un plan d’hélicoptère pendant la poursuite finale, de remarquer comment
les bâtiments sont imbriqués les uns dans les autres.








