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Le dictateur

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Lycéens et apprentis au cinéma 2022-2023

Charlot fait sa mue

 

Qu’arrive-t-il à Charlot dans Le Dictateur ? A priori, il est toujours là : quand le barbier sort de l’hôpital, il porte la veste étriquée et le pantalon trop large, le chapeau et les chaussures du plus célèbre personnage du cinéma muet. D’ailleurs, le barbier est lui-même très peu bavard :

il n’avait pas droit au chapitre à la guerre où, simple soldat, il ne pouvait que recevoir des ordres ; à son retour, les toiles d’araignées qu’il trouve dans sa boutique le laissent sans voix ; et quand Hannah se laisse « raser » par lui dans sa boutique, il la laisse parler toute seule et ne répond que par des sourires et des monosyllabes…
Hynkel, l’autre personnage joué par Charlie Chaplin, compense cette timidité par un goût pour les longs discours publics et les colères volubiles contre son personnel.
Mais à y bien regarder, on reconnaît dans les gesticulations du dictateur certains traits des premiers Charlot dans lesquels le Petit Vagabond est volontiers hargneux et concupiscent, jamais avare d’un coup de pied

de côté… Par-delà cette double présence de Charlot via la moustache en brosse et la gestuelle,

le film fait pourtant subir une véritable liquidation à Charlot, qui a valu à Chaplin sa gloire et sa fortune : en prenant enfin la parole face à sa bien-aimée, à l’Osterlich et au spectateur, le barbier met fin au mythe de l’humble little tramp.

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Terreur et comique

Comment filmer un discours politique dans un film de fiction ?

Comment faire sentir la dangerosité du dictateur Hitler tout en en tirant le meilleur

effet comique ?
La première invention de Chaplin réside dans la texture sonore du discours
lui-même : d’une part, c’est une bouillie langagière qui mêle toux, rots et grognements et prolonge les gags montrant Hynkel comme un corps « déglingué » (il se verse de l’eau dans le pantalon ou boit par l’oreille) : l’orateur est pris dans la surexcitation de sa propre puissance. D’autre part, ce jargon semi-audible contient des mots compréhensibles célébrant la guerre, la haine raciale, la soumission des femmes.
La seconde idée de Chaplin est de parodier dans le décor et les cadrages un célèbre film de propagande nazi, Le Triomphe de la volonté (Leni Riefenstahl, 1935) : architecture monumentale, croix gammée (ici double croix) apposée partout… À cette omniprésence visuelle s’ajoute une utilisation de la radio comme outil de propagande. D’où l’importance du deuxième discours d’Hynkel (voir analyse de séquence), cette fois entendu dans les haut-parleurs du Ghetto : la voix qui vocifère, montée sur des gros plans monstrueux du dictateur,
devient d’une toute-puissance menaçante, violant l’intimité de chaque citoyen.

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Duel burlesque

 

La visite de Napaloni est une parenthèse burlesque dans le récit du Dictateur, un véritable festival de gags aussi « énormes » qu’hilarants.

Ils déploient la rivalité dans l’espace : horizontalement, quand Napaloni guillotine visuellement Hynkel de son salut latéral ;
verticalement, dans la surenchère des fauteuils de coiffeur qui se conclut par une dégringolade d’Hynkel redoublant le crash d’un avion tomanien pendant la revue militaire. La bataille engagée au buffet reprend une vieille ficelle burlesque : la tarte à la crème.
Elle marque l’apogée de la puérilité des chefs d’État, chacun brandissant un aliment caractéristique de sa nation

(Bactérie-Italie : les spaghetti ; Tomanie-Allemagne : la saucisse).

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