L'esprit des lieux

La fin

Lycéens et apprentis au cinéma 2020-2021

MARC NAMBLARD, audio-naturaliste

“Les audio-naturalistes existent depuis plusieurs décennies. Ils étaient généralement qualifiés de soundtracker, de chasseur de son, de preneur de son naturaliste. Le mot audio-naturaliste a été inventé par Fernand Deroussen pour mettre l’accent sur ce qui fait l’essence de cette activité et donc sur ce qui nous rassemble tous : la passion du son et de la nature réunies.
Les sons qui intéressent l’audio-naturaliste existent sur notre planète depuis des millénaires. La plupart d’entre eux résultent d’un équilibre issu d’une longue évolution,

en lien direct avec les contraintes acoustiques des milieux. C’est ce qui explique sans doute le sentiment d’harmonie que l’on peut ressentir lorsque l’on se retrouve dans un coin de forêt à haute naturalité, au printemps, en essayant de faire abstraction des bruits d’avion ou de tronçonneuse au loin. Chaque son semble à sa place, à la fois accordé aux autres et suffisamment différent pour mener sa propre vie et surtout faire passer son message. Voilà ce qu’aime célébrer l’audio-naturaliste dans son travail.“

L'ANALYSE DE SÉQUENCE-“TENDRE L'OREILLE"

Tout film pose dans son ouverture les conditions de sa réception.
L’esprit des lieux procède par immersion visuelle, du dedans vers le dehors, de la lumière vers la nuit. Mais bien plus encore par immersion sonore,

en mêlant les textures, les rythmes et les structures, en les ralentissant jusqu’à raréfaction.
Par un processus d’assèchement progressif tendant vers le silence. Pour enfin entendre.
D’abord un fond d’air (room tone) comme on dit dans le métier : le vrombissement continu d’un appareillage électrique, un chauffe-eau peut-être. Un bruit banalde notre quotidien moderne, un bruit contraint par l’espace clos d’un garage au plafond bas. Puis le chant aigu de l’hirondelle.
Contraste.
Puis le bruit léger du pas de Marc qui s’approche, comme un chat. Glissement. Une ambiance plus feutrée, celle du bureau de Marc.

À ce son d’intérieur s’ajoutent des cris lointains d’animaux forestiers. Surgissement violent des pas du cerf. Contraste encore.
D’autres pas, ceux de Marc qui s’enfonce dans les bois. Continuité.
Variations : le pas du marcheur ponctue sa progression. Le sol minéral du chemin, celui végétal des épines sèches puis du tapis de mousse forestier, humide, ruisselant. L’audio-naturaliste est un animal bruyant, à son corps défendant. Il lui faudra disparaître pour écouter. Il se fond dans les branches, convoque la lune et attend la nuit.

 

Le ton est donné. Il vous faudra tendre l’oreille.

Fiche éditée par le  CRAVLOR, Le RECIT, TCB – Rédacteur de la fiche-élève : Jean-François Pey

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