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JOSEP

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Lycéens et apprentis au cinéma 2021-2022

Raconter la Retirada à travers les yeux d’un réfugié espagnol et d’un gendarme français

 

Josep est un film surprenant, tant sur le fond (la façon dont il met en récit son sujet) que sur la forme (la façon dont il met en sons et en images cette histoire). Il s’agit d’abord d’un film sur les conséquences de la guerre d’Espagne en France.


Ce conflit très complexe débute officiellement en juillet 1936, lorsque des généraux de l’armée espagnole décident de prendre les armes avec les soldats qu’ils ont sous leur commandement. Les raisons de ce soulèvement militaire sont politiques. En effet, depuis 1931, le régime républicain qui s’est installé en Espagne déplaît fortement à une partie de la société conservatrice espagnole, notamment à droite, à l’extrême droite, dans une partie de l’armée nationale, au sein de l’Église catholique espagnole, et chez les partisans d’un retour de la monarchie. Conscients de la fragilité de leur nouveau régime dans un pays très attaché à la royauté, les républicains composent donc des gouvernements modérés pour tenter de trouver un juste équilibre qui puisse convenir à une majorité de citoyens et de citoyennes. Mais leurs tentatives échouent et ne permettent pas de calmer les inquiétudes des conservateurs. Ces derniers ont particulièrement peur d’une extrême-gauche qui appelle à une révolution populaire, portée par le peuple et pour le peuple. Même si ce courant est très minoritaire au sein du gouvernement républicain, cette peur du « péril rouge » accentue malgré tout les tensions et les incidents au sein du pays jusqu’en 1936.

Face à ce contexte instable et violent, des généraux décident de passer à l’action pour rétablir de l’ordre dans un pays qu’ils jugent attaqué de l’intérieur. Néanmoins, leur soulèvement est d’abord un échec car ils ne parviennent pas à prendre les grandes villes du pays. Le gouvernement républicain leur propose alors de reformer un gouvernement dans lequel ils auraient une place importante mais les négociations échouent et la guerre éclate.

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Dès lors, les combats s’intensifient partout dans le pays [1]. Les républicains tiennent bon jusqu’en 1937 mais tout bascule finalement en 1938, lorsque le camp des nationalistes (les conservateurs), désormais dirigé par la Phalange, le parti fasciste du général Franco, enchaîne les victoires. Ce retournement est dû à plusieurs raisons, notamment l’isolement international de l’Espagne (seule l’URSS soutient les républicains tandis que Franco est soutenu par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste) et les divisions internes du camp républicain composé de nombreux courants politiques qui ne parviennent plus à s’entendre.
Seules Madrid et la Catalogne parviennent à résister jusqu’au début de l’année 1939. Mais les troupes de Franco entrent finalement à Barcelone en janvier. Les combattants républicains sont obligés de fuir la ville pour se réfugier en France. Josep Bartolí fait ainsi partie de ces centaines de milliers d’Espagnols qui rejoignent la France à pied, via les Pyrénées, dans des conditions terribles, avant d’être arrêtés par les gendarmes français [2].


L’État français est complètement dépassé par la situation et décide d’enfermer les réfugiés dans des camps construits à la hâte. Les conditions de vie sont épouvantables et conduisent à la mort de nombreux prisonniers. Ceux et celles qui survivent seront retenus prisonniers jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale qui vient tout juste d’éclater. Cette immense vague migratoire forcée prendra le nom de Retirada (la « retraite » en français). Plus de 450 000 réfugiés traverseront ainsi la frontière franco-espagnole en 1939, au moment où le général Franco installe une dictature qui perdurera jusqu’à sa mort en 1975.


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C’est alors que débute l’histoire racontée par Aurel, le réalisateur de Josep. Il choisit ainsi un personnage réel, Josep Bartolí, comme premier témoin de son récit [3]. C’est à travers ses yeux de réfugié que nous découvrons l’horreur des camps de concentration français, la violence de l’exil et le long travail de deuil qu’il implique. Le rôle ambigu de la France pendant et après la guerre d’Espagne est représenté par un autre personnage, cette fois-ci fictif, Serge, un jeune gendarme chargé de surveiller un camp. Il assiste d’abord impuissant à cette situation avant de choisir son camp et d’entrer en résistance [4]. Enfin, un troisième personnage, Valentin [5], petit-fils de Serge, nous rappelle à quel point il est important de transmettre les témoignages du passé pour mieux comprendre cette période méconnue de l’histoire franco-espagnole.


Encore aujourd’hui, le sujet réveille de douloureux souvenirs chez celles et ceux qui ont vécu la Retirada mais également chez leurs descendants qui s’interrogent sur leurs racines et sur leur histoire familiale. En Espagne, la guerre est un sujet très sensible qui divise régulièrement la société. La Retirada reste encore peu connue des jeunes générations, des deux côtés de la frontière. Elle fait pourtant écho à de nombreux évènements contemporains, en particulier les nombreux flux migratoires qui s’intensifient partout dans le monde pour des raisons politiques, économiques ou climatiques. Au-delà de l’exemple spécifique de la Retirada, Josep est donc un film qui rappelle que l’exil n’est jamais simple, rarement volontaire et toujours douloureux, quelles qu’en soient les raisons.

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